Etude du guitariste John Frusciante

Une étude du style, du son, et du matériel de John Frusciante, dans sa carrière solo ou au sein des Red Hot Chili Peppers.

Rédacteur : Fire Julian

Au sein des Red Hot Chili Peppers

Frusciante intègre les RHCP en 1988, suite à la mort de Hillel Slovak, le précédent guitariste, mort d’une overdose. Frusciante, fan de son prédécesseur, cherche à développer un jeu dans la continuité de son idole, à savoir de fortes influences punk et funk, qui seront mises en avant dans les deux premiers albums qu’il enregistrera avec les RHCP.

Mother’s Milk, 1989

Sur cette album, John utilise une Fender Jaguar, qu’il s’est acheté pour fêter son entrée dans le groupe.

Son pedalboard est réduit, surtout comparé à celui qu’il possède de nos jours : Il comporte une wah wah Ibanez WH-10, une distortion Boss Turbo Distortion, une overdrive Boss DS-2, et un chorus Boss CE-1.

Pour les amplis, on le voit sur des concerts d’époque jouant sur une tête Mesa Boogie ou Marshall, branchées dans des 4×12 Marshall.

Dans cet album, Frusciante s’exprime dans la continuité du précédent album du Chili Peppers, The Uplift Mofo Party Plan, en basant son jeu dans un mélange entre des rythmiques punk et des plans inspirés des guitaristes techniques tel que Franck Zappa, dont il avait initialement prévue de rejoindre le groupe.

John n’a que 19 ans, et peine à s’affirmer face aux autres membres du groupe. Cependant, l’enregistrement se passe dans de bonnes conditions, et l’album est plutôt bien accueilli par les critiques et le public.

Exemples de chansons : Higher Ground ; Nobody Weird Like Me

Blood Sugar Sex Magik, 1991

L’album culte des RHCP, pendant près de 6 semaines, tous les membres du groupe, ainsi que l’équipe en charge de l’enregistrement de l’album, s’enferme dans un manoir sur les hauteurs de Los Angeles. Frusciante, aguerri par la tournée du précédent album, compose près de 60% de la musique de tout l’album, selon les autres membres. Les influences funk du guitariste ressortent, aidées par la basse de Flea.

Côté matériel, on retrouve la Fender Jaguar, sur laquelle il a composé toute la musique. Mais il s’est principalement servi d’une Stratocaster de 1958 pour l’enregistrement; une autre de 1957 dont il a fait enlever les frettes, qu’il a notamment utilisé pour le solo de Mellow Ship Slinky; une Les Paul reissue, qu’il a utilisé pour « une chose ou deux »; une vieille lap steel Gibson sur l’intro de The Righteous and The Wicked; un sitar électrique de marque Coral sur Blood Sugar Sex Magik; et enfin, un Martin pour les plans en acoustique.

Niveau effets, ça commence à se compliquer, Frusciante rajoute un DOD chorus et une Big Muff de chez Electro Harmonix.

Pour les amplis, exit les Mesa Boogie ! Il conserve ses deux Marshall, un pour le clean et un pour les crunch. Il utilise aussi un Fender pour certains sons saturés.

Sur le plan technique, John emprunte à ses grandes idoles, comme Jimi Hendrix, en écrivant des morceaux basés sur des variations autour des notes des accords (Under The Bridge, If You Have To Ask ). Il écrit aussi en fonction de la voix de Kiedis, se calquant sur son chant (I Could Have Lied). Enfin, il vient accompagner la ligne de basse de Flea, omniprésente dans de nombreux morceaux (Give it Away, Suck My Kiss). C’est aussi lui qui s’occupe de l’essentiel des choeurs, sauf sur Under the Bridge, ou il est assisté par une chorale improvisée et dirigée par sa mère.

John, fortement accro à l’héroïne, quitte le groupe en pleine tournée en 1992.

Californication

John fait son grand retour au sein du Chili Peppers en 1997, définitivement débarrassé de son addiction. Malheureusment, tout son matériel a brûlé dans l’incendie de sa maison un an plus tôt.

Il commence donc l’enregistrement de l’album avec une seule guitare, sa Stratocaster de 1962, encore aujourd’hui sa guitare préférée.

Pendant la tournée, son matériel s’étoffe, et on retrouve ainsi : Sa Strat de 62, une autre de 55, Une Telecaster des années 60, et une Gretsch White Falcon des années 50, utilisée uniquement sur Californication.

Au niveau des effets, on retrouve deux sets :

  • Une Boss DS-1, branchée à la Gretsch, et le tout branché dans une Fender Dual Showman.
  • Ensuite, pour toutes les autres guitares, le pedalboard est le suivant (dans l’ordre de branchement des effets) : Une Boss DS-2, une Big Muff Pi russe d’Electro Harmonix, un phaser MXR phase 90, une wah wah Ibanez Wh-10, et enfin un chorus Boss CE-1. Le tout est raccordé dans un Marshall Major, ou dans un Marshall Silver Jubilee, le premier pour les crunchs/overdrive, et le suivant pour les sons clairs.

Sur le plan technique, Frusciante a complètement changé, après avoir échappé de peu à la mort, son approche de la musique devient tout à fait différente. Selon ses dires, il ne se concentre plus sur l’agressivité de son son, mais sur les ambiances qu’il peut créer à l’aide de sa guitare. Après presque 5 ans sans avoir refait de la guitare, John tente une approche différente de son instrument, en essayant de composer le plus facilement possible, tout en transmettant le maximum d’émotions possibles.

Exemples de chansons : Californication ; Purple Stain ; Otherside ; Scar Tissue.

By The Way

L’album sort en 2002, après le gros succès mondial de Californication. Dans cet œuvre, le jeu de Frusciante se trouve dans la continuité de la philosophie de jeu que Californication avait lancé : la recherche d’ambiance.

Pour se faire, John continue d’étoffer son matériel.

On retrouve toujours les mêmes guitares et les mêmes amplis, excepté le Fender, dont il se séparera aux alentours de 2003, pendant la tournée de promotion de l’album.

C’est au niveau des effets que les apparitions sont nombreuses (par ordre de branchement) : la Boss DS-2, une Big Muff Usa de chez Electro Harmonix, une Holy Grail Plus de chez Electro Harmonix, une MXR M-133 Micro Amp, une Moog MF-103, sa fidèle wah wah de chez Ibanez, le Boss CE-1, une pédale de volume Boss, une Vexter Fuzz Factory Distortion de chez Zvex, une Line6 DL4 Delay, une Line6 FM4, une Electro Harmonix Mistress Flanger et enfin un delay de chez Digitech, le PDS 1002 Digital. Rien que ça ! On peut noter l’apparition de sa première pédale Moog, des pédales de très bonne qualité qu’il utilisera de plus en plus.

Comme dit précédemment, Frusciante continue le travail commencé sur Californication, et commence à superposer plusieurs pistes de guitare, créant ainsi des couches sonores et une atmosphère tout au long du disque. Les morceaux mettant en avant la guitare sont plus rares, et les solos sont souvent considérés par les guitaristes comme étant d’une simplicité déroutante, tournant souvent autour de la gamme pentatonique. Cependant, on peut citer l’excellente intro de Can’t Stop, qui montre que Frusciante n’a pas encore perdu toute sa technique de guitariste funk, avec un excellent plan en strumming, technique consistant à attaquer toutes les cordes, tout en les étouffant, pour n’en faire sonner qu’une.

Exemple de morceaux où Frusciante s’illustre dans la création de ses couches sonores : Don’t Forget Me (en live à Slane Castle ou à la Cigale), Venice Queen, Zephyr Song.

Stadium Arcadium

Le dernier album de Frusciante avec les Red Hot Chili Peppers, sorti en 2006.

Pour être plus précis, un double album, Jupiter et Mars. C’est sans doute l’album le plus abouti des RHCP depuis le retour de Frusciante dans le groupe, au total on retrouve pas moi de 28 chansons sur les deux disques !

Encore et toujours, le pedalboard de notre guitariste s’agrandit : on prend les mêmes que pour By The Way, et on ajoute : une DS-2 (sa seconde), une FuzzRite de chez Mosrite, une Moog CP-251, une Boss DM-2, une VT-X Tube Tremolo Modulation de chez Guyatone, une Moog MF-101, une MF-105, une MF-105B, et une MF-102 (toujours chez Moog), et épisodiquement en live, un POG de chez Electro Harmonix. Il s’est cependant délesté de sa Fuzz Factory. On arrive ainsi à un pedalboard bien fourni, comprenant entre 20 et 21 pédales, plus les pédales de contrôle, pour une longueur totale de près de 2 mètres 50 d’effets, selon un ingénieur son de Taratata !

Par contre, pas de changement dans les amplis. Niveau guitare, une Strat blanche apparaît dans son set, datant probablement des années 60.

Grâce à cette véritable armada d’effets, Frusciante continue à créer des ambiances, et sa folie créatrice influence tout le processus de composition du groupe. Ainsi, certains morceaux tendent à sonner comme des morceaux que Frusciante aurait pu intégrer à ses albums solos (Wet Sand notamment). Dans cet album, on en a pour tous les goûts, de la balade acoustique (Slow Cheetah, Desecration Smile), à un retour à l’époque de BSSM (Torture Me), en passant par des morceaux funky (Turn it Again).

Frusciante continue à multiplier les pistes de guitare, ce qui rend certains morceaux impossible à jouer en live, on remarque qu’il commence à redonner un peu d’énergie à ses solos, notamment avec un usage plus marqué des triades.

En 2009, Frusciante officialise son départ du groupe pour se consacrer à sa carrière solo, dont nous allons parler maintenant.

Vous pouvez retrouver en photo le pedalboard de John Frusciante, lors des tournées des différents albums sur le site internet de jftab.

En solo

N’ayez crainte, je serais beaucoup plus succincts, Frusciante a sorti pas moins de 12 albums en 19 ans, dont 5 entre 2004 et 2005.

Ses deux premiers albums solos, Niandra LaDes and Usually Just a T-Shirt et Smile From the Streets You Hold, sont sortis pendant la période de toxicomanie intense de Frusciante. De ce fait, le rendu global est très compliqué à écouter, l’oreille pouvant vite être agressé. Passé la première écoute, on se rend vite compte de l’esprit créatif du guitariste, bien que nombre de compositions puissent être dissonantes, ou comporter un chant faux.

Smile From the Streets You Hold n’est plus disponible à la vente, suite à une demande de retrait de l’artiste, et Niandra LaDes and Usually Just a T-Shirt reste très compliqué à trouver. Heureusement, si vous voulez les écouter, ils sont facilement trouvable sur internet.

Après sa période de toxicomanie, les albums deviennent écoutable pour un plus large public, et évoluent en parallèle du travail que John fournit chez les RHCP : tourné vers la recherche d’ambiances, notamment sur les œuvres les plus récentes. La plupart du temps, les compositions sont acoustique, avec seulement la voix de Frusciante accompagné d’une Martin Folk des années 50, et parfois d’un piano.

Je vous invite à découvrir par vous même le travail qu’il a pu effectuer, et vous souhaite une bonne écoute, en espérant que ce petit dossier vous ait plu !

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